L'enfant avait peur.
L'homme le toisa de toute sa hauteur, un sourire cruel aux lèvres. Le fait qu'il soit terrorisé était bien le cadet de ses soucis. Plus que quelques années et il s'en débarrassera enfin.
« La prochaine fois, je serai beaucoup moins doux à ton égard Flammèche. Tache de t'en souvenir... »
Sur ces paroles, il fit claquer une fois de plus sa longue ceinture de cuir.
L'enfant ferma les yeux, se préparant au coup à venir. Mais rien ne se passa. Il les rouvrit et vit son maître, imposant et gras, repartir d'un pas lourd vers le feu et le reste de la troupe.
Des larmes commencèrent à couler le long de ses joues. Certaines viennent se mourir sur ses plaies. Cette douleur... La méritait-il ? Selon son maître, il n'avait pas rapporté assez d'argent. Mais ce n'était tout de même pas de sa faute si la pièce n'avait pas marché. Il connaissait son rôle, une jeune fille misérable nommée Darissia, bien que lui, Aëgnor, soit un garçon.
Aëgnor était bel et bien un garçon, c'était un fait. Mais de tous, c'était lui qui avait les trais les plus fins... et était le plus jeune. Il n'avait que sept ans et tout le monde l'appelait Flammèche, le considérant comme une fille. Cela faisait maintenant trois ans qu'il suivait cette troupe ; trois ans qu'on l'avait trouvé ; trois que ses parents étaient morts. Il n'avait pas beaucoup de souvenir d'eux. Ses cheveux roux foncés et ses yeux rouges ternes avaient été son seul héritage, peut être ses oreilles pointues aussi. Et son nom. « Feu Cruel ». Pourquoi un tel nom ? Que désigne t'il ? Avait-il une réelle importance ?
L'enfant avait faim. Mander un peu de nourriture aurait été une pure folie. Il alla s'assoire dans un coin sombre, sur son petit lit de paille. De là, il pouvait voir tout ce qu'il y avait à voir. Son maître se saoulait, comme tous les soirs. D'autres l'imitaient. Son tain tirait sur le vert mais c'était naturel, sa peau était écailleuse et ses grandes dents apparaissaient quand il riait à gorge déployée. Aëgnor se roula en boule et s'endormi, le ventre vide.